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18/12/2015

La mort du pécheur - 6 : Ses surprises

Ses surprises ! Il s’était toujours flatté que le jour du Seigneur ne le surprendrait point. Tout ce qu’on disait là-dessus dans la chaire chrétienne ne l’avait pas empêché de se promettre qu’il mettrait ordre à sa conscience avant ce dernier moment ; et cependant l’y voilà arrivé encore chargé de tous ces crimes, sans préparation, sans avoir fait aucune démarche pour apaiser son Dieu ; l’y voilà arrivé : il n’y a pas encore pensé, et il va être jugé…


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Fête de l’Attente de l’enfantement de Notre-Dame

 

LA MORT DU PECHEUR, ET LA MORT DU JUSTE - 7

« Heureux sont les morts qui meurent dans le Seigneur »

(Apocalypse XIV, 13)

PREMIERE PARTIE

 

LA MORT DU PECHEUR – 6 : SES SURPRISES

 

     Ses surprises ! Il s’était toujours flatté que le jour du Seigneur ne le surprendrait point. Tout ce qu’on disait là-dessus dans la chaire chrétienne ne l’avait pas empêché de se promettre qu’il mettrait ordre à sa conscience avant ce dernier moment ; et cependant l’y voilà arrivé encore chargé de tous ces crimes, sans préparation, sans avoir fait aucune démarche pour apaiser son Dieu ; l’y voilà arrivé : il n’y a pas encore pensé, et il va être jugé.

     Ses surprises ! Dieu le frappe au plus fort de ses passions, dans le temps que la pensée de la mort était plus éloigné de son esprit, qu’il était parvenu à certaines places qu’il avait jusque-là vivement désirées, et que, semblable à l’insensé de l’Evangile, il exhortait son âme à se reposer, et à jouir en paix du fruit de ses travaux. C’est dans ce moment que la justice de Dieu le surprend, et qu’il voit en un clin d’œil sa vie et toutes ses espérances éteintes.

     Ses surprises ! Il va mourir ; et Dieu permet que personne n’ose lui dire qu’il ne doit plus compter sur la vie. Ses proches le flattent, ses amis le laissent d’abuser ; on le pleure déjà en secret comme mort, et on lui montre encore des espérances de vie ; on le trompe, afin qu’il se trompe lui-même. Il faut que les Ecritures s’accomplissent ; que le pécheur soit surpris dans ce dernier moment : vous l’avez prédit, ô mon Dieu ! et vous êtes véritable dans vos paroles.

     Ses surprises ! Abandonnés de tous les secours de l’art, livré tout seul à ses maux et à ses douleurs, il ne peut se persuader encore qu’il va mourir ; il se flatte, il espère encore : la justice de Dieu ne lui laisse, ce semble, encore un reste de raison, qu’afin qu’il l’emploie à se séduire. A voir ses terreurs, son étonnement, ses inquiétudes, on voit bien qu’il ne comprend pas encore qu’on meure : il se tourmente, il s’agite, comme s’il pouvait se dérober à la mort ; et ses agitations ne sont qu’un regret de perdre la vie, et non pas une douleur de l’avoir mal passée. Il faut que le pécheur aveugle le soit jusqu’à la fin, et que sa mort ressemble à sa vie.

     Enfin ses surprises ! Il voit alors que le monde l’a toujours trompé, qu’il l’a toujours mené d’illusion en illusion, et d’espérance en espérance ; que les choses ne sont jamais arrivées comme il se les était promises, et qu’il a toujours été la dupe de ses propres erreurs. Il  ne comprend pas que sa méprise ait pu être si constante, qu’il ait pu s’obstiner pendant tant d’années, à se sacrifier pour un monde, pour des maîtres qui ne l’ont jamais payé que de vaines promesses, et que toute sa vie n’ait été qu’une indifférence du monde pour lui, et une ivresse de lui pour le monde. Mais ce qui l’accable, c’est que la méprise n’a plus de ressource, c’est qu’on ne meurt qu’une fois, et qu’après avoir mal fourni sa carrière, on ne revient plus sur ses pas pour reprendre d’autres routes. Vous êtes juste, ô mon Dieu, et vous voulez que le pécheur prononce d’avance contre lui-même, afin que vous le jugiez par sa propre bouche !

     Les surprises du pécheur mourant sont donc alors accablantes ; mais les séparations qui se font dans ce dernier moment ne le sont pas moins pour lui. Plus il tenait au monde, à la vie, à toutes les créatures, plus il souffre quand il faut s’en séparer : autant de liens qu’il faut rompre, autant de plaies qui le déchirent ; autant de séparations, autant de nouvelles morts pour lui.

(A suivre…« La mort du pécheur – 7 : Ses séparations »…si Dieu veut)

René Pellegrini

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