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26/04/2016

La mort du pécheur - 7 : Ses séparations

Séparation de ses biens qu’il avait accumulés avec des soins si longs et si pénibles, par des voies peut-être si douteuses pour le salut ; qu’il s’était obstiné de conserver, malgré les reproches de sa conscience ; qu’il avait refusés durement à la nécessité de ses frères ! Ils lui échappent cependant ; ce tas de boue fond à ses yeux : il n’en emporte avec lui que l’amour, que le regret de les perdre, que le crime de les avoir acquis…


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Fête de Saint Joannice

(Ermite de Bithynie 846)

 

LA MORT DU PECHEUR, ET LA MORT DU JUSTE - 8

« Heureux sont les morts qui meurent dans le Seigneur »

(Apocalypse XIV, 13)

PREMIERE PARTIE

 

LA MORT DU PECHEUR – 7 : SES SEPARATIONS

 

     Séparation de ses biens qu’il avait accumulés avec des soins si longs et si pénibles, par des voies peut-être si douteuses pour le salut ; qu’il s’était obstiné de conserver, malgré les reproches de sa conscience ; qu’il avait refusés durement à la nécessité de ses frères ! Ils lui échappent cependant ; ce tas de boue fond à ses yeux : il n’en emporte avec lui que l’amour, que le regret de les perdre, que le crime de les avoir acquis.

     Séparation de la magnificence qui l’environne, de l’orgueil de ses édifices, où il croyait s’être bâti un asile contre la mort ; du luxe et de la vanité de ses ameublements, dont il ne lui restera que le drap lugubre qui va l’envelopper dans le tombeau ; de cet air d’opulence au milieu duquel il a toujours vécu ! Tout s’enfuit, tout l’abandonne : il commence à se regarder comme étranger au milieu de ses palais, où il aurait dû toujours se regarder de même : comme un inconnu qui ne possède plus rien, comme un infortuné qu’on va dépouiller de tout à ses yeux, et qu’on ne laisse jouir encore quelque temps de la vue de ses dépouilles que pour augmenter ses regrets et son supplice.

     Séparation de ses charges, de ses honneurs, qu’il va laisser peut-être à un concurrent, où il était parvenu à travers tant de périls, de peines, de bassesses, et dont il avait joui avec tant d’insolence ! Il est déjà dans le lit de la mort, dépouillé de toutes les marques de ses dignités, et ne conservant de tous ses titres que celui de pécheur, qu’il se donne alors en vain et trop tard. Hélas ! Il se contenterait en ce dernier moment de la plus vile des conditions ; il accepterait comme une grâce l’état le plus obscur et le plus rampant, si l’on voulait prolonger ses jours ; il envie la destinée de ses esclaves qu’il laisse sur la terre : il marche à grands pas vers la mort, et il tourne encore les yeux avec regret du côté de la vie.

     Séparation de son corps, pour lequel il avait toujours vécu, avec lequel il avait contacté des liaisons si vives, si étroites, en favorisant toutes ses passions ! Il sent que cette maison de boue s’écroule ; il se sent mourir peu à peu à chacun de ses sens : il ne tient plus à la vie que par un cadavre qui s’éteint par les douleurs cruelles que ses maux lui font sentir, par l’amour excessif qu’il y attache, et qui devient plus vif à mesure qu’il est plus près de s’en séparer.

     Séparation de ses proches, de ses amis, qu’il voit autour de son lit, et dont les pleurs et la tristesse achèvent de lui serrer le cœur, et de lui faire sentir plus cruellement la douleur de les perdre.

     Séparation du monde, où il occupait tant de places, où il s’était établi, agrandi, étendu, comme si ç’avait dû être le lieu de sa demeure éternelle ; du monde sans lequel il n’avait jamais pu vivre, dont il avait toujours été un des principaux acteurs ; aux événements duquel il avait eu tant de part, où il avait paru avec tant d’agréments et tant de talents pour lui plaire ! Son corps en va sortir, mais son cœur, mais toutes ses affections y demeurent encore : le monde meurt pour lui, mais lui-même, en mourant, ne meurt pas encore au monde.

     Enfin, séparation de toutes les créatures ! Tout est anéanti autour de lui ; il tend les mains à tous les objets qui l’environnent, comme pour s’y prendre encore, et il ne saisit que des fantômes, qu’une fumée qui se dissipe, et qui ne laisse rien de réel dans ses mains : Et nihil invenerunt viri divitiarum in manibus suis (Psaumes LXXV,6)  (1)

     C’est alors que Dieu est grand aux yeux du pécheur mourant. C’est dans ce moment terrible que, le monde entier fondant, disparaissant à ses yeux, il ne voit plus que Dieu seul qui demeure, qui remplit tout, qui seul ne passe et ne change point. Il se plaignait autrefois, d’un ton d’ironie et d’impiété, qu’il était bien difficile de sentir quelque chose de vif pour un Dieu qu’on ne voyait point, et de ne pas aimer des créatures qu’on voyait et qui occupaient tous nos sens. Ah ! Dans ce dernier moment, il ne verra plus que Dieu seul, l’invisible sera visible pour lui, ses sens déjà éteints se refuseront à toutes les choses sensibles, tout s’évanouira autour de lui, et Dieu prendra la place de tous ces prestiges qui l’avaient abusé pendant sa vie.

     Ainsi tout change pour cet infortuné ; et ces changements font, avec ses surprises et ses séparations, la dernière amertume du spectacle de sa mort.

 

(A suivre…« La mort du pécheur – 8 : Ses changements »…si Dieu veut)

 

(1) « (…) et tous ces hommes de richesses n’ont rien trouvé dans leurs mains ». (Psaumes 76, 6 dans les Bibles protestantes ou évangéliques)

 

René Pellegrini

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