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01/07/2016

La mort du pécheur - 8 : Ses changements

     Changement dans son crédit et dans son autorité ! Dès qu’on espère plus rien de sa vie, le monde commence à ne plus compter sur lui : ses amis prétendus se retirent ; ses créatures se cherchent déjà ailleurs d’autres protecteurs et d’autres maîtres ; ses esclaves mêmes sont occupés à s’assurer après sa mort une fortune qui leur convienne… 


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Fête de Saint Thierry

(Abbé 534) 

 

LA MORT DU PECHEUR, ET LA MORT DU JUSTE - 9

« Heureux sont les morts qui meurent dans le Seigneur »

(Apocalypse XIV, 13)

PREMIERE PARTIE

 

LA MORT DU PECHEUR – 8 : SES CHANGEMENTS

 

     Changement dans son crédit et dans son autorité ! dès qu’on espère plus rien de sa vie, le monde commence à ne plus compter sur lui : ses amis prétendus se retirent ; ses créatures se cherchent déjà ailleurs d’autres protecteurs et d’autres maîtres ; ses esclaves mêmes sont occupés à s’assurer après sa mort une fortune qui leur convienne : à peine en reste-t-il auprès de lui pour recueillir ses derniers soupirs. Tout l’abandonne, tout se retire ; il ne voit plus autour de lui ce nombre empressé d’adorateurs : c’est peut-être un successeur qu’on lui désigne déjà, chez qui tout se rend en foule, tandis que lui, dit Job, seul dans le lit de sa douleur, n’est plus environné que des horreurs de la mort, entre déjà dans cette solitude affreuse que le tombeau lui prépare, et fait des réflexions amères sur l’inconstance du monde et sur le peu de fond qu’il y a à faire sur les hommes : Affligetur relictus in tabernaculo suo (Job XX, 26) (1)

     Changement dans l’estime publique, dont il avait été si flatté, si enivré ! Hélas ! Le monde, qui l’avait tant loué, l’a déjà oublié. Le changement que sa mort va faire sur la scène réveillera encore durant quelques jours  les discours publics ; mais, se court intervalle passé, il va retomber dans le néant et dans l’oubli ; à peine se souviendra-t-on qu’il a vécu ; on ne sera peut-être occupé que des merveilles d’un successeur, qu’à élever sur des débris de sa réputation et de sa mémoire. Il voit déjà cet oubli : qu’il n’a qu’à mourir, que le vide sera bientôt rempli, qu’il ne restera pas même de vestiges de lui dans le monde, et que les gens de bien tout seuls, qui l’avaient vu environné de tant de gloire, se diront eux-mêmes : Où est-il maintenant ? Que sont devenus ces applaudissements que lui attirait sa puissance ? Voilà à quoi conduit le monde, et ce qu’on gagne en le servant : Et qui eum viderant, dicent : Ubi est (Job XX, 7) ? (2)

     Changement dans son corps ! Cette chair qu’il avait tant flattée, idolâtrée ; cette vaine beauté qui lui avait attiré tant de regards et corrompu tant de cœurs, n’est déjà plus qu’un spectacle d’horreur, dont on peut à peine soutenir la vue : ce n’est plus qu’un cadavre dont on craint déjà l’approche. Cette infortunée créature qui avait allumé tant de passions injustes, hélas ! Ses amis, ses proches, ses esclaves mêmes la fuient, s’écartent, se retirent, n’osent approcher qu’avec précaution, ne lui rendent plus que des offices de bienséance et de contrainte ; elle-même ne se souffre plus qu’avec peine et ne se regarde qu’avec horreur. Moi qui attirait autrefois tous les regards, se dit-elle avec Job, mes esclaves que j’appelle refusent maintenant de m’approcher, et mon souffle même est devenu une infection, et un souffle de mort pour mes enfants et pour mes proches : Servum meum vocavi, et non respondit…Halitum meum exhorruit uxor mea, et orabam filios uteri mei (Job XIX, 16-17) (3)

     Enfin, changement dans tout ce qui l’environne ! Ses yeux cherchent à se reposer quelque part, et ils ne retrouvent partout que les images lugubres de la mort. Mais ce n’est rien encore pour ce pécheur mourant que le souvenir du passé et le spectacle du présent ; il ne serait pas si malheureux s’il pouvait borner là toutes ses peines ; c’est la pensée de l’avenir qui le jette dans un saisissement d’horreur et de désespoir : cet avenir, cette région de ténèbres où il va entrer seul, accompagné de sa seule conscience ! Cette terre inconnue d’où nul mortel n’est revenu, où il ne sait ni ce qu’il trouvera, ni ce qu’on lui prépare ! Cet avenir, cet abîme immense où son esprit se perd et se confond, et où il va s’ensevelir incertain de sa destinée ! Cet avenir, ce tombeau, ce séjour d’horreur, où il va prendre sa place avec les cendres et les cadavres de ses ancêtres ! Cet avenir, cette éternité étonnante, dont il ne peut soutenir le premier coup d’œil ! Cet avenir enfin, ce jugement redoutable où il va paraître devant la colère de Dieu, et rendre compte d’une vie dont tous les moments presque ont été des crimes ! Ah ! Tandis qu’il ne voyait cet avenir terrible que de loin, il se faisait une gloire affreuse de ne pas le craindre ; il demandait sans cesse, d’un ton de blasphème et de dérision : Qui en est revenu ? Il se moquait des frayeurs vulgaires, et se piquait là-dessus de fermeté et de bravoure. Mais dès qu’il est frappé de la main de Dieu, dès que la mort se fait voir de près, que les portes de l’éternité s’ouvrent à lui, et qu’il touche enfin à cet avenir terrible contre lequel il avait paru si rassuré : ah ! il devient alors, ou faible, tremblant, éploré, levant au ciel des mains suppliantes ; ou sombre, taciturne, agité, roulant au-dedans de lui des pensées affreuses, et n’attendant pas plus de ressource du côté de Dieu, de la faiblesse des lamentations et de ses larmes, que de ses fureurs et de son désespoir.

(A suivre…« La mort du pécheur – 9 : Ses derniers instants - 1 »…si Dieu veut)

(1) « Toutes les ténèbres sont cachées dans le secret de son âme ; il sera dévoré par un feu que personne n’allume, et, délaissé dans sa tente, il sera livré à l’affliction. »

(2) « Il périra à la fin, comme un fumier ; et ceux qui l’avaient vu, diront : Où est-il ? »

(3) « J’ai appelé mon serviteur, et il ne m’a pas répondu ; je le suppliais de ma propre bouche. Ma femme a eu horreur de mon haleine, et je priais les fils sortis de mon sein. »

René Pellegrini

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