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10/05/2017

Ontologie - Thèse 1 - Partie 2

Et c’est précisément la réalité du mouvement qui nous convainc que la puissance et l’acte ne sont pas des simples vues de l’esprit. Dans l’antiquité, l’école d’Elée nia la réalité de la puissance passive ; à notre époque, les partisans de F. Herbart et les idéalistes exagérés semblent la confondre avec la pure possibilité. Les faits les plus tangibles donnent aux uns et aux autres un éclatant démenti…


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Fête de Saint Antonin

(Archevêque de Florence 1459)

 

ONTOLOGIE

 

THESE 1 – Partie 2

 

accident, activité, acte, acte accidentel, acte pur, acte substantiel, âme, changement, corps, Dieu, différence,  divisions, eau, embryon, énergie, enfant, essence angélique, être substantiel, expérience, facultés, forme, genre, graine, humanité, hydrogène, idéalistes, industrie, limitation, matière première, mécanique moderne, merveilles, mouvement, nature, néant, opérations, oxygène, perfections, plante, principes premiers, progrès, puissance, puissance accidentelle, puissance substantielle, réalité, sens commun, substance, univers, vertu, vie, volonté         Et c’est précisément la réalité du mouvement qui nous convainc que la puissance et l’acte ne sont pas des simples vues de l’esprit. Dans l’antiquité, l’école d’Elée nia la réalité de la puissance passive ; à notre époque, les partisans de F. Herbart et les idéalistes exagérés semblent la confondre avec la pure possibilité. Les faits les plus tangibles donnent aux uns et aux autres un éclatant démenti. La nature entière est le théâtre du mouvement, les merveilles de la mécanique moderne, les progrès de l’industrie humaine proclament, avec la réalité du mouvement, la réalité de la puissance et de l’acte. L’oxygène et l’hydrogène, avant d’être unis, n’étaient pas l’eau, et l’eau n’a pas été tirée du néant ; ils étaient donc l’eau en puissance réelle ; la graine n’était pas la plante et cependant la plante est sortie réellement de la graine ; l’embryon n’était pas l’enfant, l’enfant n’était pas le héros qui vient de gagner la bataille, et pourtant il y a eu passage réel d’un état à un autre. Il y avait donc capacité ou puissance réelle d’évoluer ainsi ; il a fallu également une énergie, une activité, en un mot, un acte, pour réaliser le passage. Dès lors, nier la réalité de la puissance à l’acte, c’est nier la réalité de la vie, du progrès dans l’humanité, nier l’expérience, se nier soi-même, nier l’univers et le sens commun.

     Nous sommes ainsi amenés peu à peu à comprendre la portée de l’axiome qui est la première thèse approuvée par la Sacrée Congrégation :

« La puissance et l’acte divisent l’acte de telle sorte que ce qui est ou bien soit acte pur ou bien soit nécessairement composé de puissance et d’acte comme principes premiers et intrinsèques. »

     L’acte pur veut dire celui qui n’est nullement mélangé avec la puissance. Or, l’acte peut être mélangé de deux manières. Ou bien parce qu’il est reçu dans une puissance, comme l’âme dans le corps, la volonté dans l’âme, la vertu dans la volonté ; ou bien parce qu’il reçoit un acte ultérieur ; ainsi l’essence angélique n’est pas reçue dans un corps, mais elle reçoit l’être, elle reçoit des facultés, elle reçoit des opérations ; et, précisément, parce qu’elle reçoit ou peut recevoir, elle est en puissance à ces perfections qu’elle attend comme sa couronne. L’acte pur est donc celui qui n’est point reçu et, donc, qui n’a point de limitation par en bas ; et qui ne peut rien recevoir, et, donc qui n’a point de limitation par en haut. Il ne saurait dès lors ni perdre ni acquérir, il ne comporte ni parties, ni divisions, ni changement. Parce qu’il est acte, il est perfection ; parce qu’il est pur, il exclut tout élément étranger, il est tout entier lui-même et tout entier immuable et parfait. Son nom est celui que prononce toute âme naturellement chrétienne : c’est le Dieu béni dans tous les siècles.

     En dehors de Dieu, tout être est mélangé, parce qu’il est muable, capable de perdre et d’acquérir : il y a donc en lui l’élément potentiel, qui est précisément le terme ou la perfection dont l’autre a besoin. La puissance et l’acte sont ainsi les premiers et nécessaires principes dont tout être muable est constitué : impossible d’en concevoir d’autres qui soient plus universels et plus intimes au sujet. Ils sont donc appelés très justement : primis atque intrinsecis principis, les principes premiers et intrinsèques.

     Telle est la première grande division de l’être : la puissance est comme le genre, le principe déterminable ; l’acte est comme la différence, le principe déterminant.

     Saint Thomas ajoute que la puissance et l’acte divisent aussi tout genre d’être : omne ens et omne genus entis, c’est-à-dire que cette composition de puissance et d’acte est commune à toutes les catégories, à la substance comme à l’accident, de telle sorte que l’être substantiel est composé nécessairement de puissance substantielle et d’acte substantiel, et l’être accidentel est composé nécessairement de puissance accidentelle et d’acte accidentel. La puissance étant l’ébauche et le commencement, l’acte, le terme et le complément, tous les deux doivent s’adapter, s’ajouter, se mesurer, s’unir étroitement, pour former un seul tout. Il est clair qu’il n’y aurait pas adaptation s’ils étaient dans un ordre différent : une puissance substantielle ne saurait être complétée que par un acte digne d’elle, c’est-à-dire substantiel ; et il est manifeste, d’autre part, qu’une puissance purement accidentelle ne saurait porter un acte substantiel : l’hypothèse se détruit d’elle-même.

     Telle est la portée de l’axiome thomiste : Potentia et actus sunt in codem genere. Les applications en sont innombrables : ainsi, la matière première, puissance substantielle, est complétée par la forme, qui est un acte substantiel ; nos facultés, nos puissances accidentelles sont composées par les actes accidentels, qui sont les opérations. Ce principe nous fournit donc l’argument décisif pour démontrer la distinction réelle entre l’âme et ses facultés : puisque l’acte (c’est-à-dire notre opération) est accidentel, la puissance dont il procède immédiatement ne saurait être substantielle. Il faut dès lors conclure que la substance créée n’opère point directement et immédiatement par elle-même, mais par des accidents ou des facultés réellement distinctes d’elle. Nous reviendrons sur cette question à propos de la thèse XVII ; mais il fallait signaler dès maintenant cette application, qui fait déjà voir la richesse du premier axiome.

(A suivre…« Ontologie : Thèse 1 – Applications pratiques »…si Dieu veut)

- Les italiques sont dans le texte

- C’est moi qui mets en gras dans le texte

- Les notions philosophiques d’accident, de substance, de matière et de forme seront examinées ultérieurement.

René Pellegrini

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