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22/11/2017

La mort du juste - 4

Ainsi voit le monde et toute sa gloire une âme juste au lit de la mort. Aussi, lorsque les ministres de l’Eglise viennent l’entretenir des discours de Dieu et du néant de toutes les choses humaines, ces vérités saintes, si nouvelles pour le pécheur en ce dernier moment, sont pour elles des objets familiers…


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Fête de Saint Hilaire

(Evêque de Mende  542)

 

LA MORT DU PECHEUR, ET LA MORT DU JUSTE - 14

« Heureux sont les morts qui meurent dans le Seigneur »

(Apocalypse XIV, 13)

SECONDE PARTIE

 

LA MORT DU JUSTE – 4

 

Capture rené.jpg     Ainsi voit le monde et toute sa gloire une âme juste au lit de la mort. Aussi, lorsque les ministres de l’Eglise viennent l’entretenir des discours de Dieu et du néant de toutes les choses humaines, ces vérités saintes, si nouvelles pour le pécheur en ce dernier moment, sont pour elles des objets familiers, des lumières accoutumées qu’elle n’avait jamais perdues de vue. Ces vérités consolantes sont alors sa plus douce occupation : elle les médite, elle les goûte, elle les tire du fond de son cœur, où elles avaient toujours été, pour se les remettre devant les yeux. Ce n’est pas un langage nouveau et étranger que le ministre de Jésus-Christ lui parle : c’est le langage de son cœur, ce sont les sentiments de toute sa vie. Rien ne le console alors comme d’entendre parler du Dieu qu’elle a toujours aimé, des biens éternels qu’elle a toujours désirés, du bonheur d’une autre vie après laquelle elle a toujours soupiré, du néant du monde qu’elle a toujours méprisé. Tout autre langage lui devient insupportable. Elle ne peut plus entendre raconter que les miséricordes du Dieu de ses pères, et regrette les moments qu’il faut alors donner à régler une maison terrestre, et à disposer de la succession de ses ancêtres. Grand Dieu ! Que de lumière ! Que de paix ! Que de transports heureux ! Que de saints mouvements d’amour, de joie, de confiance, d’actions de grâce, se passent alors dans cette âme fidèle ! Sa foi se renouvelle, son amour s’enflamme, sa ferveur s’excite, sa componction se réveille. Plus la dissolution de l’homme terrestre approche, plus l’homme nouveau  s’achève et s’accomplit. Plus sa maison de boue s’écroule, plus son âme s’élève et se purifie. Plus le corps se détruit, plus l’esprit se dégage et se renouvelle : semblable à une flamme pure qui s’élève et paraît plus éclatante à mesure qu’elle se dégage d’un reste de matière qui la retenait, et que le corps où elle était attachée se consume et se dissipe.

     Ah ! les discours de Dieu fatiguent alors le pécheur au lit de la mort : ils aigrissent les maux, sa tête en souffre, son repos en est altéré. Il faut ménager sa faiblesse en ne coulant que quelques mots à propos, prendre des précautions de peur que la longueur n’importune, choisir ses moments pour lui parler du Dieu qui va le juger et qu’il n’a jamais connu. Il faut de saints artifices de charité, et le tromper presque, pour le faire souvenir de son salut. Les ministres mêmes de l’Eglise n’approchent que rarement, parce qu’on sent bien qu’ils sont à charge : on les écarte comme des prophètes tristes et désagréables ; on détourne les discours du salut, comme des nouvelles de mort et des discours lugubres qui fatiguent ; on ne cherche qu’à égayer ses maux par le récit des affaires et des vanités du siècle, qui l’avaient occupé durant sa vie. Grand Dieu ! Et vous permettez que cet infortuné porte jusqu’à la mort le dégoût de la vérité, que les images du monde l’occupent encore dans ce dernier moment, et qu’on craigne de lui parler de Dieu qu’il a toujours craint de servir et de connaître !

     Mais ne perdons pas de vue l’âme fidèle : non seulement elle ne voit rien au lit de la mort qui la surprenne, mais elle ne se sépare de rien qui lui coûte et qu’elle regrette. Car, mes frères, de quoi la mort pourrait-elle la séparer, qui lui coûtât encore des regrets et des larmes ? Du monde ? Hélas ! d’un monde où elle avait toujours vécu comme étrangère, où elle n’avait jamais trouvé que des scandales qui affligeaient sa foi, des écueils qui faisaient trembler son innocence, des bienséances qui la gênaient, des assujettissements qui la partageaient encore malgré elle entre le ciel et la terre : on ne regrette guère ce qu’on n’a jamais aimé. De ses biens et de ses richesses ? Hélas ! son trésor était dans le ciel, ses biens avaient été les biens des pauvres : elle ne les perd pas ; elle va seulement les retrouver immortels dans le sein de Dieu même. De ses titres et de ses dignités ? Hélas ! c’est un joug qu’elle secoue ; le seul titre qui lui fût cher était celui qu’elle avait reçu sur les fonts sacrés, qu’elle doit porter devant Dieu, et qui lui donne droit aux promesses éternelles. De ses proches et de ses amis ? Hélas ! elle sait qu’elle ne les devance que d’un moment, que la mort ne sépare pas ceux que la charité avait unis sur la terre ; et que, remis bientôt dans le sein de Dieu, ils formeront avec elle la même Eglise et le même peuple, et jouiront des douceurs d’une société immortelle. De ses enfants ? Elle leur laisse le Seigneur pour père, ses exemples et ses instructions pour héritage, ses vœux et ses bénédictions pour dernière consolation ; et, comme David, elle meurt en demandant pour son fils Salomon, non pas des prospérités temporelles, mais un cœur parfait, l’amour de la loi, et la crainte du Dieu de ses pères : Salomon quoque filio meo da cor perfectum (I Paralipomènes XXIX, 19) (1). De son corps ? Hélas ! de son corps qu’elle a toujours châtié, crucifié ; qu’elle regardait comme son ennemi, qui la faisait encore dépendre des sens et de la chair, qui l’accablait sous le poids de tant de nécessité humiliantes : de cette maison de boue qui la retenait captive, qui prolongeait les jours de son exil et de sa servitude, et l’empêchait de s’aller réunir à Jésus-Christ : ah ! elle souhaite, comme Paul, sa dissolution. C’est un vêtement étranger dont on la débarrasse, c’est un mur de séparation d’avec son Dieu, qu’on détruit, qui la laisse libre et en état de prendre son essor, et de voler vers les montagnes éternelles. Ainsi la mort ne la sépare de rien, parce que la foi l’avait déjà séparée de tout.

(A suivre…« La mort du juste – 5 »…si Dieu veut)

René Pellegrini

(1) « Donnez aussi à Salomon, mon fils, un cœur parfait, afin qu’il garde vos commandements » (I Chroniques 29, 19)

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